Page:Chénier - Œuvres poétiques, édition Moland, 1889, volume 1.djvu/106

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Pour vous l’heureux vaisseau des premiers Argonautes[1]
Flotte encor dans l’azur des airs ;
Faites gémir Atlas sous de plus nobles hôtes,
Comme eux dominateurs des mers.
Que la nuit de leurs noms embellisse ses voiles,
Et que le nocher aux abois
Invoque en leur galère, ornement des étoiles,
Les Suisses de Collot d’Herbois.


Au reste, puisque tous les magistrats de la capitale nous assurent que cette fête n’est rien qu’une fête privée et particulière, et qu’elle n’a aucun des caractères d’une fête publique, on ne peut rien faire de mieux que de les croire. Ainsi, il faut soigneusement prévenir tous les citoyens qui pourraient s’égarer en s’abandonnant imprudemment à un peu de logique, il faut, dis-je, les prévenir de ne point manquer de foi ; et que, malgré toutes les apparences, les ordres qui interrompent le cours habituel des choses, comme celui de ne point sortir en carrosse, de ne point porter d’armes, etc., ne sont point des caractères de fête publique.

Les discussions au sujet de cette fête, outre quelques lettres d’un magistrat qui égayeront un jour les lecteurs par leur bon sens et leur dialectique, ont du moins produit ce bien-ci : c’est de faire connaître, par la franchise et la vigueur avec lesquelles plusieurs citoyens ont défendu l’honnêteté publique, que des siècles d’esclaves, et les efforts sans nombre qu’on met tous les jours en œuvre pour corrompre et anéantir toutes les idées morales dans l’esprit de la nation, n’ont pas pu réussir à nous ôter le sentiment de ce qui est bon et vrai.

Il est bien fâcheux que l’on ne se soit pas arrêté dès l’origine à une fête en l’honneur de la liberté ; fête avec laquelle les Suisses de Châteauvieux n’auraient rien eu de

  1. La constellation Argo.