Page:Chamberlain - Richard Wagner, sa vie et ses œuvres, 1900.djvu/393

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gural c’est que nous avons bien le droit de nous dire que l’œuvre fondée en ce jour ne sera pas une trompeuse utopie, alors même que nous, artistes, ne saurions garantir autre chose, sinon la possibilité de réaliser l’idée d’où sortira cette œuvre ». Dans la suite du discours, Wagner écarte le nom de « Théâtre national » pour le Festspielhaus de Bayreuth :« Où serait la nation qui se serait élevé ce théâtre ?… Il n’y avait que vous, les amis de mon art spécial, de mon activité et de ma création les plus personnelles, vers qui je pusse me tourner pour trouver quelque sympathie pour mes projets… Et ce n’est que dans ce rapport presque personnel entre ces amis et moi, que je trouve dès maintenant le véritable domaine où nous allons poser cette pierre, sur laquelle doit reposer cet édifice hardi que nous entrevoyons et que nos vœux évoquent, cet édifice de nos espérances les plus noblement allemandes. Et s’il doit être seulement provisoire, eh ! bien, il ne le sera qu’au sens où, depuis des siècles, toute forme de notre vie allemande a aussi été provisoire. Mais c’est l’essence de l’esprit allemand, de construire du dedans au dehors : en vérité, le Dieu vivant réside en lui, avant que s’élève un temple à son honneur. » Et il termine par ces mots : « Que cette pierre soit consacrée par ce même esprit qui vous a inspiré la résolution de répondre à mon appel et le courage de vous fier à moi, en bravant toutes les ironies ; cet esprit qui pouvait vous parler par ma bouche, sûr que j’étais qu’il se retrouverait et se reconnaîtrait dans vos propres cœurs : par l’esprit allemand, en un mot, qui vous jette son joyeux appel matinal à travers les siècles ! » Le soir, dans le vieux théâtre margravial, eut lieu l’exécution de la IXe Symphonie de Beethoven, exécution qui restera sans seconde ; les premiers virtuoses