Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/115

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1 o4 OEUVRES

néte, mais médiocre et d’mTi caractère épineux : c’est comme la perche, blanche, saine, mais in- sipide et pleine d’arêtes. »

— M.... étouffe plutôt ses passions qu’il ne sait les conduire. Il me disait là-dessus : « Je ressemble à un homme qui, étant à cheval, et ne sachant pas gouverner sa béte qui l’emporte, la tue d’un coup de pistolet et se précipite avec elle. »

— « Ne voyez vous pas, disait M..., que je ne suis rien que par l’opinion qu’on a de moi ; que lorsque je m’abaisse je perds de ma force, et que je tombe lorsque je descends ? »

— C’est une chose bien extraordinaire que deux auteurs pénétrés et panégyristes, l’un en vers, l’autre en prose, de l’amour immoral et libertin, Crébillon et Bernard, soient morts épris passion- nément de deux filles. Si quelque chose est plus étonnant, c’est de voir l’amour sentimental pos- séder madame de Voyer jusqu’au dernier mo- ment, et la passionner pour le vicomte de Noail- les ; tandis que, de son côté, M. de Voyer a laissé deux cassettes pleines de lettres céladoniques co- piées deux fois de sa main. Cela rappelle les pol- trons, qui chantent pour déguiser leur peur.

— « Qu’un homme d’esprit, disait en riant M. de..., ait des doutes sur sa maîtresse, cela se conçoit ; mais sur sa femme ! il faut être bien bête. »

— C’est un caractère curieux que celui de M. L... ; son esprit est plaisant et profond ; son