Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/193

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l8a ŒUVRES

mandant se repose, et la police dort; ou plutôt tout le gouvernement veille, dans l’espérance d’un désordre qui va remplir ses vues. Aucun des séditieux n’est arrêté, aucune mesure n’est prise afin de réprimer les misérables, qui se trouvent assez riches pour répandre eux-mêmes l’argent à pleines mains, et entraîner avec eux les ouvriers séduits ou trompés. Ils commettent en effet les désordres qu’on avait prévus et désirés.

Quand les excès sont à leur comble, alors le secours arrive, et il ne peut plus que redoubler le mal en nécessitant le carnage. Des ordres exé- crables sont donnés pour tirer sur une multi- tude de citoyens, dont la plupart n’étaient attirés là que par la "singularité de l’événement, ou même par le zèle de la chose publique. On avait préparé pour les malfaiteurs des charrettes char- gées de pierres, un bateau rempli de cailloux et de bâtons: ils furent interceptés; mais les tuiles, les ardoises, les meubles, y suppléèrent, et furent lancés comme une grêle sur les soldats de Royal- Cravate et sur les gardes françaises. Blessés et furieux, ils obéirent à l’ordre de la vengeance. Les fusils, les baïonnettes, immolèrent des troupes de citoyens, tués sur les toits, percés dans les appartemens, dans les caves ; et la nuit seule mit un terme à ces meurtres. Il ne fallait qu’un bataillon, placé la veilie sur les lieux, pour parer à tout ; mais on voulait un événement qui parut rendre nécessairi? à Paris la présence des