Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/214

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DR CIÎAMrORT. 20a

part fiil-cUe répandue et confirmée, la consterna- tion devint générale. Elle se manifesta par des em- portemens, par une fureur aveugle qui porta une partie du peuple à incendier plusieurs barrières : chez les citoyens d’une classe plus éclairée, elle se montra par une douleur profonde, mèiée d’in- dignation : bientôt elle se caractérisa par tous les signes qui annoncent une calamité publique. En un mot, on retrouva par-tout le deuil de la patrie. Tandis que des multitudes de citoyens ferment les grands théâtres, interdisent les petites salles des boulevards où le peuple se porte habituelle- ment, tandis cpie l’on commandait à tous des pen- sées sévères, quelques-uns conçurent fidée d’un spectacle nouveau, à la fois triomphal et funèbre, qui annonçait en même temps la confiance et la terreur. Dans le cabinet de Curtius, étaient en cire coloriée un grand nombre de bustes d’hommes célèbres. On y saisit ceux de M. Necker et de M. d’Orléans, qu’on croyait enveloppé dans la disgrâce du ministre. On les couvre de crêpes, ainsi cpie le tambour qui les précède. On les porte des allées du boulevard du Temple dans la rue Saint-jNIartin, au milieu d’un cortège innombrable qui se grossit à chaque pas. Le cri répété, cha- peau bas! fait un devoir aux passans de saluer ces images révérées. Le guet à cheval du poste de la Planchette reçoit du peuple l’ordre d’escorter les porteurs. La garde de Paris cède aussitôt à cette volonté générale. On se précipite de toutes