Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/219

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2o8 OEUVRES

conserve dans le récit des grands événemens, et dont la révolution française rappelle fréquem- ment le souvenir.

Telle était, en général, la disposition de l’armée ; et le régiment des gardes-françaises s’en était lui- même ressenti. Mais, à ces causes de mécontente- ment, communes à tous les corps militaires, il s’en joignait d’autres qui redoublaient dans celui-ci la fermentation sourde dont il était agité. Le dé- veloppement de ces causes contribuera à faire ad- mirer la réunion de circonstances favorables à la révolution.

Le régiment des gardes avait été long-temps commandé par le maréchal de Biron. Cet homme, d’un mérite médiocre, avait eu pourtant celui de se faire aimer de ses soldats. Distingué à Fonte- noi, et depuis oublié de la France, mais non pas de la cour, comblé de grâces, parvenu à une ex- trême vieillesse, et possesseur d’une immense fortune, il en consacrait une partie à la belle te- nue de sa troupe, déjà très-dispendieuse pour l’é- tat. Jaloux en même temps, et de plaire à la cour, et de briller par son faste à Paris, il allait à ce double but par l’éclat extérieur de son régiment, qui semblait être devenu une partie de son luxe personnel. Ces qualités avaient suffi pour en faire l’idole de ses soldats. On se souvient de l’obéis- sance qu’ils lui avaient montrée en 1788, dans une action engagée entre eux et le peuple de Paris, dans la rue Saint-Dominique. Nous n’ignorons