Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/220

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HE CITAMFORT. 20Q

pas les changcmens qu’une année avait opérés dans l’opinion, même parmi les soldats: mais, malgré ces changemens si rapides, nous avons lieu de douter que l’influence des dispositions nou- velles se fût étendue jusqu’aux gardes-françaises, s’ils eussent continué d’être commandés par le maréchal de Biron. Leur patriotisme, dans la crise de 1789, l’eùt-il emporté sur leur affection

pour leur général ? Bénissons le ciel qui nous

a épargné les hasards d’une pareille épreuve, en disposant des jours de leur vieux commandant! Tel était leur attachement pour sa mémoire, qu’une des fautes les plus graves de leur nouveau colonel fut d’avoir fait ôter de leurs casernes le buste de son prédécesseur. C’était sans doute une grande imprudence, et ce ne fut pas la seule. Chaque jour multipliait les plaintes qu’ils formaient contre lui ; ils lui reprochaient à la fois une excessive du reté et une extrême avarice : deux défauts qui placent un chef entre la haine et le mépris. Diffé- rentes circonstances hâtaient le moment qui de- vait tourner en révolte ouverte leur ressentiment déjà si dangereux. On sait que, dans ce régiment, plusieurs soldats exerçaient dans la capitale del métiers et des professions qui les mettaient en communication immédiate avec les artisans et les journaliers de toute espèce. De là, des conversa- tions sur les affaires publiques, dans un temps où tous les esprits étaient échauffés ; de là, des rap- ports plus intimes avec le peuple, et en quelque

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