Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/222

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


DE CHAMFORT. 211

Le dimanche 12 juillet 1789, jour où commença l’insurrection, M. du Chàtelet fut reconnu et poursuivi par le peuple. Où croit-on qu’il alla chercher un refuge ? Au dépôt même de ses sol- dats, sur le boulevard de la Chaussée-d’Antin. Il les crut capables d’un sentiment généreux; et il ne se trompa point. Berbet, l’un d’eux, de la compagnie de Gaillac, le couvre de son corps et en quelque sorte de son courage; il presse, il conjure les grenadiers et soldats du poste de sau- ver leur colonel; dit que, s’il est coupable, c’est aux lois à le punir, et non pas au peuple. Il y a, dans l’expression des sentimens honnêtes, une in- fluence rapide et contagieuse qui saisit toutes les âmes nobles. Tous oublient leurs ressentimens. Ils se réunissent, l’entourent, le conduisent en sûreté au quartier-général, hôtel de Richelieu, et le mettent à l’abri d’une vengeance populaire, qui s’exerçait principalement pour eux. Ce ne fut pas la seule occasion qu’eurent les gardes-françaises d’arracher leur colonel à la fureur pidjlique. Ce même général, en passant le bac des Invalides, fut près d’être jeté dans la Seine, par le peuple qui remplissait la barque et qui le reconnut. Ce furent encore ces soldats si cruellement maltrai- tés, qui le sauvèrent. Le cœur se complaît dans le récit de ces actions qui honorent l’humanité. Plût au ciel que les généreux sentimens des gardes- françaises eussent dès lors été accompagnés des idées saines qui ne peuvent être que l’ouvrage du