Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/230

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DE CH.VMFORT. 2I9

Noyon. L’invasion des Tuileries dans un pareil moment décréditait la proclamation des ministres; et ce fut un service que le colonel de Royal-Alle- mand rendit alors à la révolution.

Ti lui en avait déjà rendu un précédemment, le samedi 1 1 . L’insubordination des gardes-fran- çaises alarmait les chefs des autres corps : le prince de Lambesc surtout avait redoublé de sévérité à l’égard de son régiment, alors cantonné à la Meute. Une consigne rigide défendait qu’aucun soldat des gardes-françaises entrât dans le camp, sous quelque prétexte que ce fût. Deux grenadiers de ce régiment suspect, ignorant la consigne, se pré- sentèrent pour voir quelques soldats leurs compa- triotes. On ne voulut point les’ laisser entrer. La sentinelle les menaça de tirer sur eux. Là, devait finir la scène, et la discipline militaire était satis- faite. Mais le prince de Lambesc survint ; et se livrant à l’emportement de son caractère, il mêla à ses grossières imprécations la menace de leur faire donner cinquante coups de plat de sabre. Ceux-ci, de retour dans leurs casernes, ne man- quèrent pas de raconter à leurs camarades les détails de cet accueil. Tous s’associaient au ressen- timent de leurs compagnons ; et de la haine, pour le colonel français, on passait à la colère contre un régiment étranger. Les soldats de Royal-Allemand en recueillirent les fruits dès le lendemain, quoique leur seul tort fût d’obéir aux ordres d’un commandant qu’ils détestaient, et que