Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/265

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2 54 OEUVRES

et de les déposer dans le cabinet communément appelé la petite audience. Les mal intentionnés en pâlirent, et se retirèrent au premier qui fut apporté.

Paris recueillit, dès le soir même, le fruit d’un courage si général, d’un activité si unanime. On se crut en sûreté du moins contre les brigands intérieurs ; on en avait désarmé une grande par- tie, soit à force ouverte, soit en se mêlant habile- ment avec eux. C’est un service qu’avait rendu un certain nombre d’ouvriers ou d’indigens, qui, honnêtes sous les livrées de la misère, avaient bien voulu se joindre à des scélérats pour tromper lein fureur sous prétexte de la conduire. Un ordre du comité permanent avait fait illuminer les rues, et par là prévenu de grands désordres. Mais ces cris fréquens et répétés, aux a/vnes! aux armes! ces lampions tour-à-tour retirés et placés suivant les différens avis d’un danger éloigné ou prochain, ces courses de la milice bourgeoise, des gens à cheval portant des ordres de toutes parts, ces coups de canon, ces signaux d’avertissemens convenus, mille incidens divers tenaient dans un mouvement continuel l’âme et l’imagination, effarouchées du plus grand de tous les périls, le péril inconnu. Toutefois, on était loin de l’épou- vante; une vive émotion et non le désespoir, une grande attente et non la terreur, se manifestaient sur les visages; hommes, femmes, enfans, tous se prémunissaient contre une attaque nocturne ;