Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/276

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DE crrv.MFORT. 265

et plusieurs, en tombant et restant couchés à terre, furent dépouillés d’abord et enfin assas- sinés par leurs camarades. Un grand nombre était demeuré à Saint-Lazare, où, après avoir forcé les caves, ils s’éaient endormis ivres morts, tan- dis (}ue d’autres furieux, ayant brisé une multi- tude de tonneaux, occasionnèrent un déluge où fu?’ent engloutis plusieurs même de ceux qui l’a- vaient causé, ainsi que nombre de femmes etd’en- fans qu’on y trouva noyés quelques jours après. A ce tableau d’horreurs, à cette dégradation de la nature hinnaine, opposons un acte de cou- rage, un trait d’intrépidité, qui la rehausse dans ce lieu même où elle se montre si horriblement avilie. Tandis que ces scélérats déployaient leurs fureurs contre eux-mêmes, et jonchaient de leurs cadavi-es la maison de Saint-Lazare et les rues adjacentes, un de leurs chefs se rappelle qu’ils avaient oublié le pillage de l’église, échappée comme par miracle à leur sacrilège frénésie : il les invite à ce nouveau crime, qu’il appelle Vordre du jour. \\ courent aux portes, qu’ils trouvent feiinées et qu’ils enfoncent. Ils entrent. Que voient- ils? Un homme seul, un prêtre (i). « Où allez- vous, impies, leur dit-il d’une voix ferme et im- posante? — Le trésor, le trésor de l’église, s’écria la horde furieuse et menaçante. » Lui, tranquille

(i) M. Pioret.