Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/284

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DE CHAMFORT. 1’]?>

et (l’avoir vu presque inipiuiément cinq ou six milliers d ’hommes sans Irein, ijulépendans de toute autorité, |)arcourir librement une maison qui coiitciiait dos valeurs de plus de cinquante millions eu tapisseries, aujeidjlemens, curiosités, bijoux de toute espèce, et même, dit-on, les prin- cipaux diamans de la couronne. La surprise des ofiiciers du Garde-Meuble dut être encore plus grande le lendemain, lorsqu’ils virent plusieurs de ces prétendus brigands qui leur rapportaient quelques armes d’une valeur plus ou moins grande, en disant que, n’étant pas de défense, elles leur étaient inutiles.

Si nous insistons sur ces détails, c’est qu’en in- diquant les dispositions du peuple, ils servent à repousser les accusations de ses ennemis, qui ont essa\é de déshonorer les premiers mouvemens de l’insurrection, en la réprésentant comme l’éga- rement d’une populace effrénée, guidée par l’es- poir du vol et du pillage. Accusation absurde, contre laquelle le peuple protestait d’avance par sa conduite au Garde-Meubie, et par celle qu’il tint le lendemain à l’hôtel des Invalides. Le be- soin d’être armé fut évidemment le seul motif de ces deux invasions ; et le soir même, un pauvre artisan montrant avec orgueil une épée d’Henri iv, mais de fer et d’un travail grossier, refusa de l’é- changer contre un louis d’or et une riche épée que hii offrait, le mardi, à l’hôtel des Invalides, un citoyen opulent. « La vôtre est plus belle, dit-il, n. i8