Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/292

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DE CnAMFORT. 28 1

occasion où je puis être d’une grande utilité ; je n’ai pas de temps à perdre. » Il court, il se presse aillant que son âge le lui permet. Il arrive au moment où un peuple innombrable assiégeait les grilles. Il s’efforce d’entrer avec autant d’ardeur qu’un autreen eût mis peut-être pour sortir. Ecarté de la grille, il se rappelle une petite porte qui donne siu’le boulevard; il y vole, et parvient à se la faire ouvrir. jMais sa présence fut inutile ; et l’on n’eut pas besoin de son art dans un lieu où cent mille liommes venaient de répandre la terreur et la consternation.

Cette attaque des Invalides, d’un établissement royal et militaire, marqua, d’un caractère plus imposant, plus menaçant pour le despotisme, l’insurrection jusqu’alors regardée par les mi- nistres comme une suite de mouvemens séditieux, un vertige d’insubordination. Elle acheva de ré- pandre, dans le conseil, le trouble et la précipita- tion qui multiplièrent les fausses mesures. Tous ces vieux soldats, réunis au peuple, semblaient ren- trés dans le sein de la nation dont ils avaient été comme séparés. C’était une première conquête faite sur le plus fastueux de ses rois, Louis xiv, qu’on a tant loué pour cet étal:)lissement, plus dispendieux qu’utile.

On sait quelles sommes immenses furent pro- diguées pour cette fondation, qui ne recevait dans son sein qu’environ quatre mille hommes, sur plus de vingt-huit mille qui composaient