Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/305

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2f)4 OEUVRES

auprès d’eux, au milieu d’eux, cette déclaration des droits, éternel effroi des tyrans ; et pendant ces nobles travaux, le peuple s’empresse à dé- molir de ses mains l’odieuse forteresse. Il mesure, d’un œil brillant de joie, la décroissance de ses bastions. Il croit saper, miner, démanteler en quelque sorte le despotisme. Il hâte l’instant de voir s’écrouler, avec l’orgueil de ses tours, l’or- gueil et les espérances de ses oppresseurs. Tout tombe, et bientôt arrive l’heureux jour où il offre à ses représentans, pour salaire de leurs travaux, cette grande charte de la nature, ces mêmes droits de l’homme empreints sur la pierre souterraine enfouie dans les fondemens de l’horrible édifice, où, pendant quatre siècles, l’humanité avait reçu de si sanglaus et si inconcevables outrages.

Rassemblons, en présentant l’uspect de cette for- teresse, les principales circonstances de sa con- quête.

Dans une vaste enceinte, entourée d’un fossé large et profond, s’élevaient huit tours rondes dont les murs avaient six pieds d’épaisseur, unies par des massifs de maçonnerie encore plus épais. Tel se montrait le château qui fut la Bastille, dé- fendu encore dans l’intérieur par des bastions, des corps-de-gardes, des fossés traversés de ponts- levis qui séparaient différentes cours, dont la première présentait trois pièces de canon chargées à mitraille, et en face de la porte d’entrée. Quinze canons bordaient ses remparts ; et vingt milliers