Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/311

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3oO OEUVRES

habité cetexécrable donjon. Ces souvenirs, ces con- trastes, redoublent Fallégresse publique, bientôt accrue par l’arrivée des vainqueurs et des dra- peaux des Invalides et des Suisses, soustraits à la première fureur du peuple, et maintenant pro- tégés contre lui par ceux qui les ont vaincus. Quel burin, quel pinceau pourrait seulement retracer l’esquisse des tableaux mobiles et variés que présentaient alors les salles immenses de l’iiô- tei-de-vilie, les escaliers, la place de Grève, ces armes ensanglantées, ces banderoles flottantes, ces couleurs nationales, ces trophées bizarres et imposans d’une victoire inattendue, les couronnes triomphales et civiques décernées par l’enthou- siasme universel, le passage des passions féroces aux passions généreuses, des mouvemens terri- bles au plus doux attendrissement, dont le mé- lange inoui, dont l’expression sublime reportait l’âme et reculait l’imagination jusques dans les temps héroïques (i) ?

L’histoire a déjà consacré des actes de vertu, des traits de magnanimité et de grandeur qui adoucissent le souvenir pénible des vengeances du peuple. Il versa du sang, il est vrai ; mais le sien venait de couler. La Bastille existe encore. Les morts, les mourans, l’environnent. Les pa-

(i) C’est le sentiment qu’éprouva M. Dussault, et qu’il exprime «n ces propres termes, que nous avons cru devoir consacrer.