Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/319

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3o8 ŒUVRES

de son luiiforme rendait furieuse, il allait être dé- chiré par elle, lorsqu’un jeune homme pénétré de douleur, d’attendrissement et de désespoir, se précipite dans la foule, s’élance vers lui, l’em- brasse, l’appelle son père, son ami., son bienfai- teur, se nomme (i), conjure le peuple d’épargner un respectable mortel, l’ami de tous les malheu- reux ; il raconte son histoire: long-temps prison- nier à la Bastille, il doit à M. Losme plus que la vie ; il mourra pour le défendre; il le serre de nou- veau entre ses bras, en le baignant de ses larmes. Déjà quelques-uns s’attendrissent ; mais d’autres s éci’ient que c’est un mensonge, qu’on veut par une fable leur enlever leur victime. Les cris couvrent ses cris: la fureur populaire redouble; lui-même est frappé, meurtri de plusieurs coups. On l’arrache avec violence à celui qu’il croit soustraire au péril. Le digne militaire, touché de cette générosité, qui adoucit pour lui les horreurs de la mort, lui dit, les larmes aux yeux : « Que faites -vous, jeune homme ? retirez- vous ; vous allez vous sacri- fier sans me sauver. » A ces mots, devenu encore plus intrépide, parce que sa tendresse et sa dou- leur sont accrues, M. de Pelieport s’écrie: «Je le défendrai envers et contre tous.» Et oubliant qu’il est sans armes, il écarte la foule avec ses mains, secondé d’un de ses amis qui l’accompagnait. Ce

(i) Son aom était !e marquis de Pellrport.