Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/320

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DE CHAMFOnT. OQ

mouvement -violent étonne, irrite la multitude qu’il (levait attendrir; mais qui, bouillante encore au sortir de la Bastille, ne respirait que la ven- geance. Un homme féroce frappe M. de Pelleport d’un coup de hache sur le cou, le blesse, et allait redoubler lorsqu’il est renversé lui-même par l’ami qui accompagnait INT. de Pelleport. Aussitôt, as- sailli de tous cotés, il se trouve entouré de sabres, fusils, baïonnettes dirigés contre lui; il en saisit luie, et, avec une agilité, une force et un cou- rage qu’il reçoit de son désespoir, il écarte la foule, se fait jour à travers, court vers l’hôtel de- ville, et tombe sur les marches sans connaissance, tandis que la tète de son respectable bienfaiteur de Losme est promenée en triomphe avec celle de Launay.

Quelques regrets qu’ait excités cette mort parmi ceux qui connurent trop tard celui qui l’avait si peu méritée, une autre mort non moins funeste excita une douleur plus profonde, plus durable, proportionnée à la reconnaissance due à l’infor- tuné, victime d’une fatale méprise. I>a capitale, et même la patrie, dont la destinée était liée alors à celle delà capitale, placeront toujours, parmi les désastres les plus affligeans de cette jour- née, la mort déplorable d’un bas-officier nommé Becar, qui sauva Paris de la plus horrible des ca- lamités. C’était lui qui, se trouvant de garde à la porte du magasin à poudre, et voyant airiver le gouverneur avec des mèches allumées, dans le des-