Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/344

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])r CllAMFORT. d55

sées (Viin autre genre, plus tristes et plus affli- geantes, sur le sort des nations, sur l’enchaîne- ment des causes qui pervertissent les idées des princes et même les meilleurs, c*est de songer qu’iuî roi né sensible et bon, échappé au malheur de voir à son insu son nom et sa mémoire flétris par des crimes dont ses ministres ne l’eussent instiuit qu’après leur réussite, ramené dans son palais où l’ont suivi les bénédictions de ce peuple dont on lui faisait craindre les féroces vengeances, se trouve comme forcé par ces idées habituelles, par son éducation, par les illusions des cours, de se croire malheureux, presque détrôné. Et pour- quoi ? parce qu’une grande nation lui dit : « C’est à moi que vous appartiendrez désormais, et non plus à quelques hommes pervers conjurés pour me perdre au risque de vous perdre vous-même. Notre amour se plaît à vous croire étranger à des forfait- dont vous pouviez devenir victime. Vingt- cinq millions d’homm.es renouvellent les bases de leur association, à la tète de laquelle ils vous placent encore. Ils respecteront en vous le chef d’un peuple libre, qui ne veut plus trouver dans vos ministres que les serviteurs d’un peuple sou- verain. »

La nouvelle annoncée dès le mercredi soir de l’arrivée du roi à Paris fixée au lendemain, en ré- pandant une joie universelle, n’avait banni ce- pendant ni la défiance ni la crainte. Le roi trompé; une cour perfide : c’était le cri d’une multitude de