Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/359

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en même temps à l’esprit Athènes et Constanti- nople, Sybaris et Alger, Tout-à-conp un bruit nouveau se fait entendre, c’est celui du tambour : il com.mande le silence. Deux torches s’élèvent et attirent les yeux. Quel spectacle! Une tète livide et sanglante éclairée d’ime horrible lueur ! Un homme qui précède, et crie d’une voix lugubre : « Laissez passer la justice du peuple » ; et les assis- tans muets qui regardent ! A vingt pas de distance et en arrière, la patrouille du soir, en uniforme, indifférente à ce spectacle et battant la retraite, passant en silence à travers cette multitude éton- née de voir mêler une apparence d’ordre public à ce renversement de tout ordre social, attesté par les hideuses dépouilles qu’on promenait im- punément sous ses yeux !

Ce mot d’un sens si profond : Laissez passer la justice du peuple! frappa vivement les esprits. 11 les eût frappés davantage, si on l’eût considéré comme une allusion à un mot plus ancien : Lais- sez passer la justice du roi ! C’était le cri d’un des satellites royaux qui, sous Charles vi, trauia, par ordre du monarque, dans les rues de Paris, le cadavre sanglant d’un des amans de sa femme, Isabeau de Bavière. De ces deux justices, celle du roi ou celle du peuple, laquelle était la plus odieuse et la plus révoltante ? Est-ce celle du peuple convaincu, par trop de preuves multipliées, que le coupable puissant ou opulent n’est presque jamais puni ? IS’est-ce pas plutôt la justice d’un