Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/375

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cïiaiît, augmentait encore la fureur de la multi- tude.

Le général la Fayette, qui avait été appelé pour expliquer l’ordre donné en son nom par M. le marquis de la Salle, et qui n’avait pas donné cet ordre, se trouva justifié; mais il augmentait le pé- ril de son lieutenant. 11 s’en tira avec habileté. Il parut entrer dans le ressentiment du peuple, fit chercher l’accusé, gagna du temps, donna diffé- rens ordres et attendait le retour de ceux qu’il en avait chargés. La nuit avançait, dit M. Dussault, témoin oculaire de cette scène, et les esprits n’en étaient pas moins agités dans notre salie On y voulait du sans;. Les cris de la Grève augmentaient la terreur parmi nous ; et déjà les imaginations ardentes de quelques-uns de nos collègues se re- présentaient les ombres sanglantes des Foulan et des Berthier errantes dans notre salle.

En cet instant, un sergent vint parler à l’oreille de M. la Fayette. « C’en est assez, dit le géîiéral. Mes amis, ajoutc-t-il, vous êtes fatigués, et je n’en puis plus; croyez-moi, allons nous coucher tran- quillement. Au reste sachez que la Grève est libre maintenant. Je vous jure que Paris ne fut jamais plus tranquille; allons, que l’on se retire en bonnes gens. ’>

A ces mots plusieurs s’élancent vers les fenêtres : ils regardent, et sont consternés de ce qu’ils voient, l’ordre rétabli h leur insu. Au lieu de ceux qui les appuyaient, qui les excitaient, ils ne voient