Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/384

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


I

DE CHAMFORT. "jZ

phrase triviale en Amérique, mais neuve alors chez nous, que V insurrection est le plus saint des deirOirs. On a \u de quel usage ont été depuis tous ces canons, lorsqu’il s’est agi d’envoyer des détachemens à de grandes distances pour faire cesser les désordres excités par les aristocrates ; désordres qui eussent en effet été très-dangereux, s’il n’y eût eu pour les réprimer que des canons ministériels et non pas des canons populaires. Nous remarquerons à ce sujet ce qui a été observé dans im £:rand nombre de circonstances depuis la révolution, que l’instinct du peuple l’a mieux conduit que ne l’eût fait la raison plus ou moins éclairée de la plupart de ses chefs, même les mieux intentionnés. Que fût-il devenu en effet si, tandis qu’il était forcé à laisser entre les mains d’un pouvoir exécutif, son mortel ennemi, la dis- position d’une grande force armée, il n’eût créé en quelque sorte, dans son propre sein, un se- cond pouvoir exécutif vraiment à ses ordres, une autre force armée vraiment la sienne . capable de repousser la portion de puissance nationale en- core placée sous la main de ses adversaires? Mais c’est là, disait-on, une doctrine d’anarchie. Qui en doutait? et qui doutait aussi qu’il ne fallût opter entre Tanarchie et la servitude? Qui ne vovait que les fautes du roi constitutionnel, en perpétuant les désordres, forceraient la nation à marcher vers une liberté complète, tandis que le retour prématuré de l’ordre ramènerait infail-