Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/4

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AVANT-PROPOS.


Écrivain spirituel, élégant et ingénieux, Chamfort a marqué sa place entre Duclos et La Harpe : plus correct que le premier, il a plus de précision que le second. Son éloquence, dans les éloges et les discours académiques, a moins d’abondance, moins de rondeur que celle de La Harpe, mais elle étincelle de traits piquans ; on reconnaît dans sa tragédie de Mustapha et Zéangir un poète formé à l’école de Racine ; ses comédies offrent un tableau fidèle des opinions et des sentimens de la société à l’époque où il les composa, en même temps qu’elles font connaître et les principes et le caractère que l’auteur manifesta plus tard avec une nouvelle énergie. Il avait porté dans le monde un esprit d’observation qu’on retrouve tout entier dans la partie de ses ouvrages recueillis sous le titre de Maximes et Pensées : c’est là qu’on rencontre à chaque instant ce qu’Hérault de Séchelles, qui fut lui-même un homme de beaucoup d’esprit, appelait les tenailles mordicantes de Chamfort. S’il ne voit dans la société que des ridicules, des défauts et des vices, il faut convenir que nul écrivain ne les a peints de couleurs plus vives. C’était un des caractères de