Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/419

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4o8 ŒUVRES

posant. Voir un petit nombre de guerriers pro- téger, conquérir, asservir des villes, des états, des princes, vaincre sans alliances et jeter seuls les fondemens d’un empire durable, braver avec impunité les deux puissances redoutables de l’I- talie, faire un pape prisonnier ; et séparant dans sa personne le pontife du souverain, respecter l’un, dicter des lois à l’autre; saisir une couronne entre l’autel et le trône impérial, et se l’assurer par la jalousie mutuelle de l’empire et du sacerdoce : un tel tableau a droit de frapper l’imagination, et celle de plusieurs historiens n’a rien négligé pour l’em- bellir.

Mais en recherchant la cause du merveilleux ( car le merveilleux en a une), quelle résistance pouvaient opposer de petits états dispersés, des peuples toujours en guerre, sans troupes réglées, sans discipline ; des sujets tantôt sous la domina- tion des empereirs trop éloignés pour les gou- verner, tantôt sous un duc électif ou usurpateur, tantôt sous le joug des barbares et sachant à peine le nom de leur maître! Quelle résistance, dis-je, pouvait opposer un tel pays à la valeur exercée de ces chefs célèbres dont le nom seul rassemblait sous leurs drapeaux les mécontens de tous les partis !

Robert, au bruit de ces nouveaux succès, Guis- card et Roger, autres fils de Tancrède de Haute- ville, quittent leur vieux père, et déguisés en pè- lerins (car l’Italie prenait des précautions contre