Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t2.djvu/97

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bb OEUVRES

avait été frappé de sa figure, dit au chevalier de Court, colonel des Suisses : « Je voudrais bien sa- voir de quelle couleur sont les paroles de cet homme. » Le chevalier lui adresse la parole. — « Monsieur, de quelle ville ètes-voiis? — De Saint- Malo. — De Saint-Malo ! Par quelle bizarrerie la ville est-elle gardée parties chiens? — Quelle bizar- rerie y a-t-il là ? répondit le grave personnage ; le roi est bien gardé par des Suisses. »

— Pendant la guerre d’Amérique, un Ecossais disait à un Français, en lui montrant quelques pn- sonniers américains : « Vous vous êtes battu pour votre maître; moi, pour le mien; mais ces gens-ci, pour qui se battent-ils ? » Ce trait vaut bien celui du roi de Pegu, qui pensa mourir de rire en ap- prenant que les Vénitiens n’avaient pas de roi.

— Un vieillard, me trouvant trop sensible à je ne sais quelle injustice, me dit : «Mon cher en- tant, il faut apprendre de la vie à souffrir la vie. »

— L’abbé delà Galaisi ère était fortlié avecM.Orri, avant qu’il fût contrôleur-général. Quand il fut nommé à cette place, son portier, devenu suisse, semblait ne pas le reconnaître. « Mon ami, lui dit l’abbé de la Galaisière, vous êtes insolent beau- coup trop tôt ; votre maître ne l’est pas encore. » — Une femme âgée de quatre-vingt-dix ans di- sait à M. deFontenelle,âgé de quatre-vingt-quinze: <f La mort nous a oubliés. — Chut ! lui répondit 3L de Fontenelle, en mettant le doigt sur sa bouche. »