Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t4.djvu/228

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


110 ŒUVRES

l'homme serait-il resté dans le silence ? La joie a vraisemblablement inspiré les premiers chants ; on a chanté d'abord sans paroles, ensuite on a cherché à adapter au chant quelques paroles con- formes au sentiment qu'il devait exprimer : le cou- plet et la chanson ont été ainsi la première mu- sique.

ÎNIais l'homme de génie ne se borna pas long- temps à ces chansons, enfans de la simple nature; il conçut un projet plus noble et plus hardi, celui de faire du chant un instrument d'imitation. Il s'aperçut bientôt que nous élevons notre voix, et que nous mettons dans nos discours plus de force et de mélodie, à mesure quenotreame sort de son assiette ordinaire. En étudiant les hommes dans différentes situations, il les entendit chanter réel- lement dans toutes les occasions importantes de la vie; il vit encore que chaque passion, chaque affection de l'âme avait son accent, ses réflexions, sa mélodie et son chant propre.

De cette découverte naquirent la musique imita- tive et l'art du chant, qui devint imesortc de poésie, un art d'imitation, dont rhypothèse fut d'exprimer une langue parla mélodie, et à l'aide de l'harmonie, toute espèce de discours, d'accent, de passions, et d'imiter quelquefois jusqu'à des effels physiques.

La réunion de cet art, aussi sublime que voisin de la nature, avec l'art dramatique, a donné nais- sance au spectacle de l'opéra , le plus noble et le plus brillant d'entre les spectacles modernes.

�� �