Page:Charbonneau - Fontile, 1945.djvu/148

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été maladivement religieux. J’étais tourmenté. Je m’arrachais de mon lit pour assister à la messe, j’avais un oratoire, j’interrogeais les Écritures avec trop de passion. Je ne souffrais pas tellement cependant ou plutôt ma souffrance n’était pas aiguë, sauf à certaines heures. Elle était de tous les instants. J’étais comme un enfant qui par accident a mis le feu à une maison. Il commence par se nier à lui-même son acte. Il l’abolit dans son esprit, mais il n’est pas rassuré. S’il est dans l’impossibilité de retourner le vérifier à mesure que les heures passent, son angoisse grandit, peu à peu elle se substitue à tout raisonnement. Pour peu que cet état se prolonge, l’enfant tombera malade.


Eh bien, je ne tombais pas malade. Je ne trouvais de repos que dans une concentration de mon esprit. Je dévorais des livres, d’abord pour me donner l’illusion de n’être pas moi-même, puis, ayant découvert l’analyse, je cherchais dans les biographies et les confessions, un être qui eût traversé ce que je traversais.