Page:Charbonneau - Fontile, 1945.djvu/26

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le portait qu’en ces occasions, où il jouait au millionnaire de province.

Il avait le talent de conférer une valeur inestimable à un service rendu, à un dîner ou même à un simple rafraîchissement offert à un client venu l’entretenir d’une affaire dont il ne voulait pas. Il contait aussi agréablement, faisait rire et, sans attendre l’effet, se dérobait.

Il possédait son propre code de salutation. Il levait son chapeau pour les dames et quelques vieillards. Les marques de politesse dans les autres cas variaient entre le coup de tête bref et un geste de la main très sobre, accompagné d’un regard savamment réglé. Il était d’une correction qui glaçait même ses rares amis, anciens condisciples de l’université, qu’il invitait une fois par an sans jamais leur rendre leur visite. Et ceci était encore caractéristique de son éducation. Il ne voulait être l’obligé de personne. Il accablait ses amis par le faste de ses réceptions, mais ne savait pas accepter un cadeau. Cette générosité exagérée, cette prodigalité d’un homme qui se proclamait pauvre avait éloigné les