Page:Charbonneau - Fontile, 1945.djvu/55

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certitude de l’atteindre. Je publiai quelques poèmes dans des revues d’avant-garde.

Les écrivains ésotériques m’éblouissaient. Tout ce qui échappait à ma raison trouvait en moi une secrète correspondance sentimentale et me fournissait l’occasion de mépriser quelques camarades de Fontile que je voyais encore. De nouveaux amis que je recevais toutes les semaines à dîner m’encourageaient de leurs flatteries. Je m’enfonçai dans la littérature que je prenais pour la réalité. Loin que la vie fût pour moi le thème d’exercices poétiques, c’était aux symboles et aux images que je demandais la clef de la réalité. À l’âge où le jeune homme découvre l’existence des autres, après n’avoir vu que lui-même, j’interposais des recettes entre la vie et moi. Plus je m’éloignais de la vie, plus mon vocabulaire devenait abstrait et plus je me croyais près d’atteindre l’être. Car à cette époque, il était à la mode d’atteindre l’être.

Je voulais ma poésie toute de raffinements, sans substance humaine, sans appui dans la nature ou dans l’homme. Il me paraissait indigne