Page:Charbonneau - Fontile, 1945.djvu/75

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jour… J’étais navré, mais ne pouvais rien pour lui.

Il y avait aussi un mystère autour de mon père. Il recevait des appels téléphoniques, auxquels il répondait en grand secret, d’une voix changée, celle que prend naturellement un homme en s’adressant à une interlocutrice.

J’aimais profondément mon père et j’éprouvais une sorte de malaise à l’imaginer lié à une femme que je croyais vulgaire et intéressée. Je ne voulais rien apprendre de plus que je n’avais deviné. Je réalisais des prodiges pour rester dans l’incertitude. Surtout qu’il ne soupçonnât jamais que j’avais deviné !

Je cherchais autour de moi des jeunes gens de mon âge susceptibles de devenir, sinon des amis, du moins des relations agréables. Plusieurs de mes camarades de collège avaient été éloignés par ma faute. La plupart se donnaient d’ailleurs entièrement à leur carrière, jouaient au bridge entre eux ou au golf avec des hommes d’affaires bedonnants. Je ne m’intéressais à rien de ce qui composait leur vie.