Page:Charles Perrault - Les Contes de Perrault, edition Feron, Casterman, 1902.djvu/52

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Peau d’Âne[1]


Il était une fois un roi,
Le plus grand qui fût sur la terre,
Aimable en paix, terrible en guerre,
Seul enfin comparable à soi :
Ses voisins le craignaient, ses états étaient calmes,
Et l’on voyait de toutes parts
Fleurir à l’ombre de ses palmes
Et les vertus et les beaux arts.

Dans un vaste et riche palais,
Ce n’était que magnificence ;
Partout y fourmillait une vive abondance
De courtisans et de valets ;
Il avait dans son écurie
Grands et petits chevaux de toutes les façons.
Couverts de beaux caparaçons,
Roides d’or et de broderie ;
Mais ce qui surprenait tout le monde en entrant,
C’est qu’au lieu le plus apparent,
Un maître âne étalait ses deux grandes oreilles.
Cette injustice vous surprend ;
Mais, lorsque vous saurez ses vertus non-pareilles.
Vous ne trouverez pas que l’honneur fût trop grand.
Tel et si net le forma la nature.
Qu’il ne faisait jamais d’ordure,
Mais bien beaux écus au soleil.
Et louis de toute manière,
Qu’on allait recueillir sur la blonde litière,
Tous les matins à son réveil.

  1. Note de Wikisource : Dans cette édition catholique, l’histoire de Peau d’Âne est censurée — Il n’est pas question pour le roi d’épouser sa fille