Page:Charles Perrault - Les Contes de Perrault, edition Feron, Casterman, 1902.djvu/54

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C’était une admirable fée,
Qui n’eut jamais de pareille en son art.
Il ne faut pas dire, j’espère,
Ce qu’était une fée en ces bienheureux temps,
Car je suis sûr que votre mère
Vous l’aura dit dès vos plus jeunes ans.

« Je sais, dit-elle, en voyant la bergère,
Ce qui vous fait venir ici ;
Je sais de votre sort la profonde misère,
Mais avec moi n’ayez plus de souci.
Il n’est rien qui vous puisse nuire,
Pourvu qu’à mes conseils vous vous laissiez conduire.
Votre prince, il est vrai, voudrait vous épouser :
Écouter sa folle demande
Serait une faute bien grande ;
Mais, sans le contredire, on le peut refuser.
Dites-lui qu’il faut qu’il vous donne.
Pour rendre vos désirs contents,
Avant qu’à son désir votre cœur s’abandonne.
Une robe qui soit de la couleur du temps.
Malgré tout son pouvoir et toute sa richesse,
Quoique le ciel en tout favorise ses vœux,
Il ne pourra jamais accomplir sa promesse. »

Aussitôt la jeune princesse
L’alla dire en tremblant au prince impérieux,
Qui dans le moment fit entendre
Aux tailleurs les plus importants
Que, s’ils ne lui faisaient, sans trop le faire attendre,
Une robe qui fût de la couleur du temps,
Ils pouvaient s’assurer qu’il les ferait tous pendre.

Le second jour ne luisait pas encor,
Qu’on apporta la robe désirée :
Le plus beau bleu de l’empyrée
N’est pas, lorsqu’il est ceint de gros nuages d’or,
D’une couleur plus azurée.
De joie et de douleur la fille pénétrée,
Ne sait que dire, ni comment
Se dérober à son engagement.