Page:Charles Perrault - Les Contes de Perrault, edition Feron, Casterman, 1902.djvu/65

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« Il ne faut pas, disait-il en trottant,
Dans tout ceci rien faire à la légère ;
Il faut, le cas est important,
En prendre avis de notre ménagère.

Çà, dit-il, en entrant sous son toit de fougère,
Faisons, Fanchon, grand feu, grand chère,
Nous sommes riches à jamais.
Et nous n’avons qu’à faire des souhaits. »
Là-dessus, tout au long, le fait il lui raconte.
A ce récit, l’épouse, vive et prompte,
Forma dans son esprit mille vastes projets ;
Mais, considérant l’importance
De s’y conduire avec prudence :
« Biaise, mon cher ami, dit-elle à son époux,
Ne gâtons rien par notre impatience ,
Examinons bien entre nous
Ce qu’il faut faire en pareille occurrence ;
Remettons à demain notre premier souhait.
Et consultons notre chevet.
— Je l’entends bien ainsi, dit le bonhomme Biaise ;
Mais, va tirer du vin derrière ces fagots. »
A son retour, il but ; et, goûtant à son aise,
Près d’un grand feu, la douceur du repos,
Il dit, en s’appuyant sur le dos de sa chaise :
« Pendant que nous avons une si bonne braise,
Qu’une aune de boudin viendrait bien à propos ! »

A peine acheva-t-il de prononcer ces mots.
Que sa femme aperçut, grandement étonnée,
Un boudin fort long, qui, partant
D’un des coins de la cheminée.
S’approchait d’elle en serpentant.
Elle fit un cri dans l’instant ;
Mais, jugeant que cette aventure
Avait pour cause le souhait
Que, par bêtise toute pure,
Son homme imprudent avait fait.
Il n’est point de pouille et d’injure
Que, de dépit et de courroux,
Elle ne dit au pauvre époux.