Page:Charles Perrault - Les Contes de Perrault, edition Feron, Casterman, 1902.djvu/66

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« Quand on peut, disait-elle, obtenir un empire,
De l’or, des perles, des rubis,
Des diamants, de beaux habits.
Est-ce alors du boudin qu’il faut que l’on désire ?
— Eh bien ! j’ai tort, dit-il ; j’ai mal placé mon choix,
J’ai commis une faute énorme,
Je ferai mieux une autre fois.
— Bon, bon, dit-elle, attendez-moi sous l’orme.
Pour faire un tel souhait, il faut être bien bœuf ! »
L’époux, plus d’une fois, emporté de colère,
Pensa faire tout bas le souhait d’être veuf.
Et peut-être, entre nous, ne pouvait-il mieux faire.
« Les hommes, disait-il, pour souffrir sont bien nés !
Peste soit du boudin, et du boudin encore !
Plût à Dieu, maudite pécore,
Qu’il te pendît au bout du nez » !

La prière aussitôt du ciel fut écoutée ;
Et, dès que le mari la parole lâcha,
Au nez de l’épouse irritée
L’aune de boudin s’attacha.
Ce prodige imprévu grandement le fâcha.
Fanchon n’était pas laide ; elle avait bonne grâce,
Et, pour dire sans fard la vérité du fait,
Cet ornement en cette place
Ne faisait pas un bon effet,
Si ce n’est qu’en pendant sur le bas du visage,
Il l’empêchait de parler aisément ;
Pour un époux, merveilleux avantage,
Et si grand, qu’il pensa, dans cet heureux moment,
Ne souhaiter rien davantage !

« Je pourrais bien, disait-il à part soi,
Après un malheur si funeste,
Avec le souhait qui me reste,
Tout d’un plein saut me faire roi.
Rien n’égale, il est vrai, la grandeur souveraine ;
Mais encore faut il songer
Comment serait faite la reine,
Et dans quelle douleur ce serait la plonger,