Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/179

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religieux sont plus grands et plus agréables que tous ceux que j’ai vus ailleurs ; ils couchent dans de beaux et bons lits, et non comme en France dans des armoires de sapin. Au lieu des fontaines qu’ils ont partout, dans le milieu du préau du cloître, là ces moines conservent les cendres de Borsus d’Est, leur fondateur, dans un gros pot-à-oille.


Les autres églises dignes d’être vues sont les Bénédictins, où est le tombeau de l’Arioste, avec quelques tableaux passables, et dans le réfectoire une Noce de Cana, d’une belle ordonnance. Le tombeau de l’Arioste est d’une forme assez commune ; son buste est au-dessus, avec deux figures au fronton, qui m’ont paru être la Vérité et la Fiction, apparemment pour signifier qu’il a également excellé dans les sciences politiques et dans les inventions poétiques, et qu’il n’a pas été moins bon citoyen que bon poète.


Son épitaphe :

D. 0. M.


Ludovico Areosto, Ter illi maximo atque ore omnium celeberrinio Vati à Carolo V » coronato, Nobilitate gencris atque animi claro, In rebus publicis administrandis, in regendis populis, In gravissimis ad summum pontificem legationibus, Prudentia, consilio, eloquentia,

Praestautissimc, Ludovicus Arcostus pronepos.


Plus, Sainte-Marie in Vado, assez bien disposée pour l’architecture, oîi l’on voit plusieurs morceaux curieux de peintures anciennes par Carpaccio, un plafond de Bononi, et surtout une façade de chapelle faite en portail d’église, d’une très-belle architecture.


Il y a dans d’autres endroits plusieurs tableaux du Guerchin que j’ai vus en courant, et dont je n’ai pas conservé grande mémoire. Il en est de même des maisons particulières de la ville. Quoique belles, elles ne le sont point assez pour trouver place dans ce très-digne journal ; si ce n’est, par grâce, un palais tout de marbre blanc, taillé à pointes de diamants, construit par un bâtard de la maison d’Est. Mais je n’oublierai pas une très-grande place