Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/201

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bleau dont il est ici question. On y voit Joseph à genoux, d’un air touché, devant Marie qui est debout et fort avancée dans sa grossesse. Elle lui parle avec douceur, en lui montrant de la main le ciel, dont la volonté suprême l’a choisie pour procurer le salut du genre humain. Tout étoit bien jusque-là ; mais cinq ou six petits anges qui sont dans la chambre derrière Joseph, rient et se le montrent l’un à l’autre, pendant qu’un autre ange, plus grand, et d’un âge raisonnable, leur fait signe de se taire, de peur que Joseph ne s’en aperçoive.


Comparez à présent ce tableau à celui du Miracle de saint Dominique ressuscitant un enfant au berceau. Les figures de ce tableau sont saint Dominique, un autre moine son compagnon, et un autre assistant, le père, la mère et l’enfant qui est étendu sur une table, autour de laquelle sont rangées toutes les personnes. Le moment de l’action est celui où l’enfant reprenant la vie commence à remuer et à ouvrir les yeux. Dominique n’a pas un autre caractère que pourroit être celui d’un habile chirurgien, qui fait une opération commune à laquelle il est accoutumé. Le moine, son compagnon, regarde tout ceci de l’air d’un homme qui d’avance étoit certain de la réussite, pour en avoir vu de fréquens exemples ; l’autre assistant est saisi de la plus grande surprise : l’enfant, tout en ouvrant les yeux, les a tournés du côté de sa mère. Ill’aperçoit, sourit et commence à lui tendre les bras. La joie incroyable qu’a la mère de voir son enfant en vie, ne laisse place dans son âme à aucun autre sentiment, elle ne songe ni au saint, ni au miracle, et se jette à corps perdu sur son enfant, tandis que le premier mouvement du père, plus sage et plus réfléchi, est de tomber aux genoux de saint Dominique.


J’ai un tableau d’Angélique et de Médor gravant leurs noms sur l’écorce d’un arbre. L’auteur ne m’en est pas bien connu. Nous convenons tous qu’il est de l’école de Bologne. M. de Saint-Germain, grand connaisseur en ceci, l’a jugé duTiarini ; c’est de quoi je ne puis convenir avec lui : j’y retrouve bien l’esprit et les airs de tête du Tiarini, mais non pas la sécheresse de son dessin et de son coloris. Mon tableau est au contraire très-moelleux et très-agréable dans l’une et l’autre de ces parties. J’ai soupçonné qu’il étoit de Cavedone ou peut-être même de