Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/207

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quatre, par qui communiquent l’une à l’autre les deux parties de la ville ; c’est une pièce très-hardie, n’étant malgré sa longueur composé que de trois arches, dont celle du milieu est fort large et quasi toute plate.


C’est une chose incroyable que la magnificence outrée des Florentins en équipages, meubles, livrées et habillements. Nous avons vu ici, tous les soirs, des assemblées ou conversations, dans diverses maisons dont les appartements sont autant dé labyrinthes. Ces assemblées sont composées d’environ trois cents dames couvertes de diamants, et de cinq cents hommes portant des habits que le duc de Richelieu auroit honte de mettre. J’aime assez ces sortes d’assemblées de huit cents personnes ; quand on est en plus grand nombre, c’est cohue : raillerie cessante, je ne sais comment ce fracas énorme peut amuser les gens de ce pays-ci. Cela leur plaît néanmoins ; mais ce n’est pas d’aujourd’hui que j’ai reconnu que les Italiens n’entendent rien à s’amuser. Au reste, on m’a donné avis que ces riches habits ne parai :-soient que dans les occasions d’importance et duroient toute la vie ; que ces magnificences, ces bals, ces nombreuses aissemblées extraordinaires, ces conversations si illuminées, se faisoient à l’occasion de deux noces distinguées qui avoient rassemblé toute la ville, et dont le cérémonial est fort long dans ce pays.


Ces conversations sont chères pour celui qui les donne, tant à cause de la quantité de bougies que de l’immense quantité d’eaux glacées et de confitures qui s’y distribuent incessamment. On y danse, on y fait de la musique. J’ai entendu à cette occasion les deux virtuoses du pays’ : l’un est Tagnani, petit violon minaudier, dont le jeu est tou t rempli de gentillesses assez fades ; il a inventé une clef aux violons faite comme celle des flûtes, qui s’abaisse sur les cordes en poussant le menton, et fait la sourdine ; il a aussi ajouté, sous le chevalet, sept petites cordes de cuivre, et je ne sais combien d’autres mièvretés ; mais il accompagne parfaitement : cette justice lui est due. L’autre est Veracini, le premier, ou du moins l’un des premiers violons de l’Europe ; son jeu est juste, noble, savant et précis, mais assez dénué de grâces. Il avoit avec lui un autre homme qui jouoit du théorbe et de l’archi-luth, et en jouoit aussi bien qu’il est possible ; et par-là il m’a convaincu