Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/22

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comte De Brosses a-t-il permis d’appliquer cette grosse étiquette marchande sur un bijou de famille digne du Louvre ? Il faut renoncer de plus en plus, hélas ! aux variantes les plus naturelles de cette classique formule : « L’esprit des Mortemart ! » Ô vous tous, les correspondants et les correspondantes du jeune et galant Dijonnais, auriez-vous jamais eu l’idée autrefois de réunir ces chères lettres voltigeantes en un gros volume intitulé L’Italie contemporaine ?

Stendhal a revu de nos jours et parfaitement reconnu le pays décrit par Charles De Brosses. Ce n’est donc pas l’Italie d’il y a cent ans que ces quarante lettres font briller à nos yeux : ce serait, en vérité, presque l’Italie de nos jours ; et j’entends par ces mots le génie, le caractère, l’attitude et la vie du peuple italien. Figurez-vous un portrait de jeunesse d’une belle personne qui aurait à peine vieilli en cent ans, parce qu’elle serait immortelle. Vous aurez ainsi l’impression exacte de toute la vérité fine et profonde que De Brosses a mise, en se jouant, dans ses tableaux.

À Gênes comme à Rome, à Milan comme à Florence, à Venise comme à Naples, ce qui nous paraît le plus curieux en résumé dans les descriptions ou les récits de l’aimable épistolier, c’est l’image légère, attrayante et fugitive qu’il nous offre de lui-même presque à son insu. Nous avons à peine quitté Dijon, en compagnie de ce voyageur de trente ans, qu’il nous a déjà séduit par l’agrément de son humeur, le tour élégant et facile de son esprit, l’abondance de ses études et le naturel de ses observations. En chaise de poste, à cheval, en chaise à porteur, en carriole traînée par des mules, nous retrouvons toujours le même gai compagnon, s’occupant à la fois de tous les aspects de la vie, dans les diverses contrées qui passent rapidement sous ses yeux. De Dijon à Lyon, et de Lyon à Marseille, le trajet ne dure guère : on s’arrête à Avignon, parce que c’est déjà une terre papale et quasi italienne. Depuis qu’Avignon est français, on y chercherait bien inutilement ce qu’y a vu De Brosses : des juifs en chapeau jaune, des couvents enfouis dans les lauriers et les orangers, des soldats suisses escortant dans les rues un carrosse d’apparat à huit glaces, orné