Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/226

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grande Vénus, le Faune qui danse, l’Uranie et la Vénus de Médicis. Il semble que ces six morceaux sortent de la main de l’ouvrier, tant ils sont bien conservés et polis ; leur beauté est au-dessus de toute expression, surtout celle du Faune et de la Vénus de Médicis. Misson s’est trompé en disant que la base n’est que d’une seule pièce avec )a statue, et que les mots grecs Cléomènes, etc. qui sont écrits au-dessous marquoient l’ouvrier. La base a été rompue, le morceau qui y est a été rapporté, et Pline, qui parle de cette statue, dit précisément qu’elle étoit de Phidias (1). Les critiques les plus sévères ne pourroient rien trouver à redire aux beautés et aux proportions du corps de cette femme ; le cou est long, la tête fort petite, et, quoique belle, ce n’est pas d’une beauté qui nous plairoit. Mylord Sandwich, que je trouvai une fois dans la Tribune et qui revient de Grèce me dit que toutes les femmes qu’il y avoit vues, et qui passoient pour belles, avoient de cet air-là. À propos de cet Anglais, il faut que je vous dise qu’il y a, dans un coin de la galerie, un buste de Brutus, le meurtrier de César, laissé imparfait par Michel-Ange. Au bas sont écrits ces deux vers si connus :

Dura Bruti efflgiem sculptor de marmorc ducit. In mentem sceleris venit, et abstiiiuit.


Je ne vous les rapporte que pour vous ajouter que, tandis que M. Sandwich et moi nous le regardions, celui-ci, choqué qu’on eût osé blâmer ce grand républicain, fît sur-le-champ ces deux vers en contre-partie :

Brutum effecisset sculptor, sed mente recursat Tanta viii virtus, sistit et ol)stupuit.


Je reviens aux principales choses de la Tribune. Huit autres petites statues qui le cèdent peu aux premières ; je

(-1 ) Une inscription gravée sur sa base et fldèlement copiée, au xV siècle, sur Tinscriplion primitive, donne le nom de Cléomène. On sait que la ¥énus de Médicis que De Brosses croyait bien conservée, fut trouvée brisée en ^ 5 morceaux, à Tivoli, dans la villa Adriana, vers le milieu du xv^ siècle. F^e bras droit est restauré dans toute sa longueur et le bras gauche jusqu’au coude. Le Faune & été retouché au bras et à la tête par Michel-Ange.