Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/232

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» Lorrains aux Espagnols, parce que, dit-il, les premiers » m’ôteront bien jusqu’à ma chemise, mais ils me laisse» ront ma peau (c’est-à-dire ma liberté de penser), que » m’arracheront les seconds en ne me laissant pas le reste. » En général, continua-t-il, tout maître trouvera le secret » de nous contenter, pourvu qu’il reste à Florence, qu’il » protège les sciences, et qu’il ait le goût des arts ; car » c’est un vice capital ici que d’en manquer. » Le même homme me disoit uiie autre fois « qu’il avoit été longtemps » sans comprendre ce que vouloit dire ce proverbe de la » langue françoise : Lorrain vilain, mais qu’il en avoit » depuis peu une ample explication. Cependant, ajouta-t-il, » ils nous traitent nous-mêmes de vilains, parce que nous » ne sommes pas ici dans l’habitude d’avoir une table ou» verte : mais je leur demande quel est celui qui est le » plus vilain, de celui qui ne donne pas à manger ou de » celui qui veut manger aux dépens d’autrui.


N’avons-nous pas eu aussi nous autres François une lance à rompre contre le corps des Lorrains ? On vient de recevoir la nouvelle de la paix de Belgrade conclue entre l’Empereur et le Grand-Seigneur, par l’intervention de M. de Villeneuve, notre ambassadeur à la Porte. Cette paix n’est ni utile ni honorable à l’Empereur. Là-dessus les partisans du génie autrichien déclament contre nous, en disant que c’est là notre manière ordinaire de favoriser la Porte Ottomane au préjudice de l’Empire. Je leur ai doucement représenté que M. de Villeneuve n’étoit pas là pour décider, que leur maître avoit le choix d’accepter ou de refuser les propositions, que s’il les avoit acceptées, c’est qu’il avoit sans doute sagement prévu qu’en continuant la guerre, dans la position où il se trouvoit vis-à-vis des Turcs, il s’exposoit à n’avoir d’eux que de pires conditions. Sur quoi le primat s’est écrié brusquement : C’est votre France qui, après avoir écrasé la maison d’Autriche par le traité de Vienne, l’a laissée à la merci de ses ennemis. Sur mon Dieu 1 lui ai-je répliqué, il n’y a pas de ma faute ; ce n’est pas moi qui ai fait la paix de Vienne, et si c’eût été moi, je ne l’aurois pas faite, ou j’en aurois tiré un parti décisif pour les guerres à venir, comme il paraît que c’étoit l’avis de M. de Chauvelin. Qu’il ait eu ou non des motifs particuliers que ses ennemis lui imputent, que nous importe, dès que l’avantage