Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/266

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apporte les roseaux positifs dans lesquels se cacha Marias au bord des marais de Minturne. Le Liris d’aujourd’hui ne s’appelle plus comme cela. Au bout du compte, les noms ne peuvent pas toujours durer ; c’est le Garigliano, rivière belle et paisible comme la Saône, mais moins large. Nous la passâmes en barque, traversâmes une belle prairie et vînmes prendre, à Sainte-Agathe, un relais de petits chevaux malins comme des ânes rougos, qui marquoient une impatience démesurée de venir quitter leurs selles à Capoue, où ils nous eurent bientôt rendus :

Hinc multi Capute ctitellas tompore ponuiit.


Si je voulois, je vous ferois bien encore quelque citation sur le Volturnc que nous passâmes en entrant à Capoue ; mais j’y perdrois peut-être mon latin, avec le chagrin de vous entendre dire que je n’ai pas perdu grand’chose. Que voulez -vous ? on est toujours sur cette route-ci en compagnie d’Horace, Virgile, Silius, Stace et autres de ces messieurs qui causent infailliblement aux voyageurs un débord de poésie latine.


Pour revenir où j’en élois, Capoue est une ville passablement grande, bâtie tant bien que mal, où je ne remarquai rien de curieux ; et, quand j’y aurois remarqué quelque chose, je n’en sonnerois mot, car je suis indisposé contre elle. Lei si figuri que je ne m’étois pas donné le temps de manger un morceau à Mola. À Santa-Agata, communément il n’y a pas de pain ; c’étoit sur le soir, et vous savez -mieux que personne combien il est difficile de faire entendre raison à cette heure -là à un estomac qui s’est laissé mener en poste depuis quatre heures du matin. Le mien faisoit des hypothèses charmantes sur les auberges de Capoue ; mais, ne vous en déplaise, en ramassant en un tas toutes les provisions de la ville et des faubourgs, nous ne pûmes jamais mettre ensemble que deux os de jambon rance, qui furent avalés sans mâcher ; après quoi, m’armant d’une généreuse fermeté, je m’arrachai moi-même aux délices de Capoue, et remontai dans ma chaise, plein de dédain pour Annibal.


Je ne pouvois me lasser d’admirer les riches et fertiles campagnes de la Campanie et de la terre de Labour, ni deviner pourquoi il n’y avoit point de pain dans un tel