Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/283

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fêtes de très-grand appareil, on enlève cette cloison et l’on prolonge la décoration tout le long des jardins. Jugez quel <^fl“et de perspective cela doit faire ; c’est en cet article que les peintres italiens excellent aujourd’hui autant que jamais ; et je ne puis me lasser d’admirer le goût exquis et la variété avec laquelle ils en font usage pour le théâtre : du reste, la peinture est entièrement déchue. Salimbeni à Naples, Trevisani à Rome, et le Canaletto à Venise, sont les seuls peintres de réputation qui restent en Italie ; et de ces trois, les deux premiers sont si vieux qu’ils sont depuis fort longtemps hors d’état de travailler. Pour le Canaletto. son métier est de peindre des vues de Venise ; en ce genre il surpasse tout ce qu’il y a jamais eu. Sa manière est claire, gaie, vive, perspective et d’un détail admirable. Les Anglais ont si bien gâté cet ouvrier, en lui offrant de ses tableaux trois fois plus qu’il n’en demande, qu’il n’est plus possible de faire marché avec lui. Il y a encore, dans le même goût, Pannini à Rome, qui a fait l’intérieur de Saint-Pierre pour le cardinal de Polignac. C’est un tableau singulièrement joli pour le détail, l’exacte ressemblance et la distribution des lumières ; mais je m’égare en bécarre, ce n’est pas de peinture dont il s’agit maintenant, c’est de musique.


C’étoit ici le premier grand opéra que nous eussions vu. La composition de Sarri, musicien savant, mais sec et triste, n’en étoit pas fort bonne ; mais en récompense elle fut parfaitement exécutée. Le célèbre Senezino faisoit le premier rôle ; je fus enchanté du goût de son chant et de son action théâtrale. Cependant je m’aperçus avec étonnement que les gens du pays n’en étoient guère satisfaits. Ils se plaignoient qu’il chantoit d’un stile antico. C’est qu’il faut vous dire que le goût de la musique change ici au moins tous les dix ans. Tous les applaudissements ont été réservés à la Baratti, nouvelle actrice, jolie et délibérée, che recitava da uomo : circonstance touchante, qui n’a peut-être pas peu contribué à réunir pour elle une si grande quantité de suffrages. En vérité, elle les mérite, même comme fille ; mais la vivacité avec laquelle on lui a prodigué les acclamations publiques a si fort fait monter ses actions de jour en jour que, quand je suis parti, elles étoient à 180 sequins la pièce.


La construction du poëme, dans les opéras italiens, est