Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/286

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chargiez encore d’une remarque pour le doux Quintin ; savoir, qu’on a la coutume à Naples, dans les grandes églises, au-dessus de la porte, de mettre un grand morceau de peinture au lieu où nous plaçons les orgues en France. C’est ordinairement une grande composition de Luca Giordano ou de Solimena. Ce dernier est encore vivant, et il n’a pas moins de quatre-vingt-douze ans, et d’un million et demi de bien, qu’il a amassé à son métier. Oh ! che vergogna mentre che messer Annibale tirava la caretta corne un catallo, pour gagner 1,500 écus en six ans. S’il n’y avoit eu que Solimena et moi dans le monde, il n’auroit jamais gagné cinquante sous, avec sa manière fade et ses compositions sans force et sans génie. Peste ! je n’en dis pas autant de Luca Giordano ; c’est un maître homme que celui-ci, et presque digne d’être mis parmi les peintres de la seconde classe. Il a excellé surtout à peindre des animaux. À la vérité ses touches ne sont pas si moelleuses, ni son clair-obscur aussi bien entendu que celui de Castiglione ; mais sa manière est bien plus grande, et le maniement de son pinceau libre et bien entendu. De plus, il a fait voir une vaste étendue de génie dans ses tableaux d’histoire, dont les inventions sont nobles, et les ordonnances surtout, admirables.


LETTRE XXXI

AU MÊME


Excursion au Vésuve.


Rome, 26 novembre.


Doucement, doucement, mon ami, ce n’est pas fait ; croyez-vous en être quitte à si bon marché ? Allons, secouez un peu votre petite paresse ; je vais vous faire faire un voyage de fatigue au sommet du mont Vésuve. Au retour, pour vous délasser, je vous mènerai promener à Pozzuoli, comme on donne du bonbon aux enfants après une médecine. Venez, montez dans cette chaise à