Page:Charles de Brosses - Lettres familières écrites d’Italie - ed Poulet-Malassis 1858.djvu/319

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comme si on en eût rasé horizontalement toute la moitié supérieure. Le feu, à force d’agir, a jadis consumé, dissipé ou renversé, toute la partie du dessus sur celle d’en bas ; l’inspection du sommet de cette montagne ne laisse aucun doute qu’elle n’ait été presque semblable au Vésuve et à son gouffre ; c’est un véritable amphithéâtre dont l’enveloppe a peu de hauteur. En un mot, comme on ne peut mieux comparer la figure du Vésuve qu’à un verre à boire, on ne peut donner une meilleure idée du sommet de la Solfatara, qu’en le comparant à un pâté ou à une jatte, dont le fond est large et les bords peu élevés. Tel seroit à peu près le Monte Somma ou l’ancien Vésuve, si l’abondance des matières n’eût pas produit au milieu un second sommet. Tel sera peut-être un jour le Vésuve actuel, quand tout ce qu’il contient d’inflammable sera consumé, et comme le gouffre de celui-ci s’élargira nécessairement toujours par la violence de l’action qui le mine, son diamètre deviendra assez étendu pour qu’une partie des matières lancées retombant dans le fond, y vienne former un troisième pic ou sommet entouré de deux enceintes extérieures ; et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’à la longue les éruptions aient comblé tous les vallons et rempli les intervalles qui se trouvent entre les enceintes, au point de ne faire du sommet de cette montagne tronquée, qu’une large plaine entourée par les bords du premier cratère, qui est toujours le plus élevé, et de lui donner la forme qu’a aujourd’hui la Solfatara ; mais, avant que ceci n’arrive, les dégorgements des gouffres continuant les effets commencés, jetteront une quantité de terrain, du sommet au pied de la montagne, sur le bord de la mer, et augmenteront de plusieurs couches la hauteur du sol du rivage, au-dessus du niveau de la mer.

Comme la ville d’Ercolano et le bourg qu’on a bâti au-dessus, ont été successivement les victimes de cette super addition de couches, le bourg de Portici et peut-être plusieurs autres, le seront de même à l’avenir, sans qu’il soit nécessaire de supposer que tous les édifices en doivent être détruits et renversés. Ils ne peuvent, à la vérité, résister aux coups des torrents enflammés, dans le lieu où ils coulent, ni à l’impétuosité des pierres lancées dans l’endroit où elles frappent ; mais tous les bâtiments qui