Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t2.djvu/130

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à Londres son entreprise de Paris. Il n’avait pas précisément de vices ; mais il était rongé d’une vermine

    pagne de 1793, publiée en forme de correspondance. Désabusé, mais non découragé par la retraite des Prussiens, il continua de harceler la République dans son Tableau de l’Europe pendant 1794 (deux volumes in-8o). Comme il était avant tout polémiste, et que le journal pouvait être entre ses mains une arme plus puissante que le livre, il fonda à Londres une feuille périodique intitulée Paris, dont les 250 numéros parus de 1795 à 1802 ne forment pas moins de trente-cinq volumes in-8o. Ce vaste recueil renferme beaucoup de documents que les journaux français du temps n’auraient pu ou voulu accueillir. Il est à regretter qu’aucun des historiens du Directoire et du Consulat n’ait cru devoir y puiser. À la fin de 1802, il fit succéder à son Paris un nouveau recueil, l’Ambigu ou Variétés littéraires et politiques, publié les 10, 20 et 30 de chaque mois. Interrompu seulement pendant les trois premiers mois de 1815 et repris pendant les Cent-Jours, pour s’arrêter seulement en 1817, le second journal de Peltier comprend plus de cent volumes. Les premiers numéros de l’Ambigu eurent le don d’irriter à ce point le Premier Consul, alors en paix avec l’Angleterre, qu’il réclama l’expulsion de Peltier, ou, à tout le moins, son renvoi devant un jury anglais. Traduit devant la cour du Banc du Roi, et défendu par sir James Mackintosh, dont le plaidoyer est resté célèbre, Peltier fut condamné, le 21 février 1803, à une faible amende, peine dérisoire dans un semblable débat. Une souscription, couverte aussitôt qu’annoncée, convertit en triomphe la défaite du journaliste. Le résultat le plus clair de ce procès retentissant fut de rendre européen le nom de Peltier. Marié à l’une des élèves les plus distinguées de l’abbé Carron, il tenait à Londres un grand train de maison et dépensait sans compter. De là bientôt pour lui un grand état de gêne, si bien qu’un jour il fut tout heureux et tout aise d’être nommé par Christophe, le roi nègre d’Haïti, son chargé d’affaires auprès du roi d’Angleterre. Les plaisants dirent alors qu’il avait passé du blanc au noir. Le mot était joli, et Peltier fut le premier à en rire, d’autant que son roi nègre lui expédiait, en guise de traitement, force balles de sucre et de café, dont la vente, évaluée à deux cent mille francs par an, lui permit de faire bonne figure jusqu’à la Restauration. Il vint alors en France ; mais comme il trouvait Louis XVIII trop libéral et n’avait pu se tenir de diriger contre lui quelques épigrammes, il reçut un accueil très