Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/106

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une forêt muette et solitaire se changeait, une fois l’an, en un marché bruyant et peuplé.

Le climat de l’île est sain, mais pluvieux : ce donjon de Neptune, qui n’a que sept à huit lieues de tour, attire les vapeurs de l’Océan. Le soleil de l’équateur chasse à midi tout ce qui respire, force au silence et au repos jusqu’aux moucherons, oblige les hommes et les animaux à se cacher. Les vagues sont éclairées la nuit de ce qu’on appelle la lumière de mer, lumière produite par des myriades d’insectes dont les amours, électrisés par les tempêtes, allument à la surface de l’abîme les illuminations d’une noce universelle. L’ombre de l’île, obscure et fixe, repose au milieu d’une plaine mobile de diamants. Le spectacle du ciel est semblablement magnifique, selon mon savant et célèbre ami M. de Humboldt[1] : « On éprouve, dit-il, je ne sais quel sentiment inconnu, lorsqu’en approchant de l’équateur, et surtout en passant d’un hémisphère à l’autre, on voit s’abaisser progressivement et enfin disparaître les étoiles que l’on connut dès sa première enfance. On sent qu’on n’est point en Europe, lorsqu’on voit s’élever sur l’horizon l’immense constellation du Navire, ou les nuées phosphorescentes de Magellan.

« Nous ne vîmes pour la première fois distinctement, » continue-t-il, « la croix du Sud que dans la nuit du 4 au 5 juillet, par les 16 degrés de latitude.

« Je me rappelais le passage sublime de Dante que les commentateurs les plus célèbres ont appliqué à cette constellation :

  1. Voyage aux régions équinoxiales. Ch.