Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/112

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Quelques-uns des voyageurs anglais qui venaient d’admirer ou qui allaient voir les merveilles du Gange visitaient sur leur chemin une autre merveille : l’Inde accoutumée aux conquérants, en avait un enchaîné à ses portes.

Napoléon admettait ces visites avec peine. Il consentit à recevoir lord Amherst à son retour de son ambassade de la Chine. L’amiral sir Pulteney Malcolm lui plut : « Votre gouvernement, lui dit-il un jour, a-t-il l’intention de me retenir sur ce rocher jusqu’à ma mort ? » L’amiral répondit qu’il le craignait. « Alors ma mort arrivera bientôt. — J’espère que non, monsieur ; vous vivrez assez de temps pour écrire vos grandes actions ; elles sont si nombreuses, que cette tâche vous assure une longue vie. »

Napoléon ne se choqua point de cette simple appellation, monsieur ; il se reconnut en ce moment par sa véritable grandeur. Heureusement pour lui, il n’a point écrit sa vie ; il l’eût rapetissée : les hommes de cette nature doivent laisser leurs mémoires à raconter par cette voix inconnue qui n’appartient à personne et qui sort des peuples et des siècles. À nous seuls vulgaires il est permis de parler de nous, parce que personne n’en parlerait.

Le capitaine Basil Hall[1] se présenta à Longwood : Bonaparte se souvint d’avoir vu le père du capitaine à Brienne : « Votre père, dit-il, était le premier An-

  1. Basile Hall (1738-1844), marin et voyageur anglais, auteur de plusieurs volumes de Voyages, qui se recommandent par l’exactitude et l’intérêt du récit. Le plus célèbre de ses voyages est celui dont il revenait, lorsqu’il passa à Sainte-Hélène, et dont il a publié le récit, en 1817, sous ce titre : Voyage de découverte sur la côte ouest de Corée et à Licou-Khieou.