Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/144

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cette révolution voulaient suspendre pour un temps l’inamovibilité.

Le 22 février 1816, le duc de Richelieu nous apporta le testament autographe de la reine ; je montai à la tribune, et je dis :

« Celui qui nous a conservé le testament de Marie-Antoinette[1] avait acheté la terre de Montboisier : juge de Louis XVI, il avait élevé dans cette terre un monument à la mémoire du défenseur de Louis XVI, il avait gravé lui-même sur ce monument une épitaphe en vers français à la louange de M. de Malesherbes. Cette étonnante impartialité annonce que tout est déplacé dans le monde moral[2]. »

Le 12 mars 1816, on agita la question des pensions ecclésiastiques. « Vous refuseriez, disais-je, des aliments au pauvre vicaire qui consacre aux autels le reste de ses jours, et vous accorderiez des pensions à Joseph Lebon, qui fit tomber tant de têtes, à François Chabot, qui demandait pour les émigrés une loi si simple qu’un enfant pût les mener à la guillotine, à Jacques Roux, lequel, refusant au Temple de recevoir le testament de Louis XVI, répondit à l’infortuné monarque : Je ne suis chargé que de te conduire à la mort[3]. »

  1. Le conventionnel Courtois, député de l’Aube, l’auteur du Rapport fait, au nom de la Commission chargée de l’examen des papiers trouvés chez Robespierre et ses complices, dans la séance du 16 nivôse an III (5 janvier 1795). Il avait trouvé l’original du testament de la Reine dans les papiers de Robespierre et se l’était approprié.
  2. Discours prononcé à l’occasion des communications faites à la Chambre des pairs par M. le duc de Richelieu, dans la séance du 22 février 1816. — Œuvres complètes, tome XXIII, p. 109.
  3. Opinion prononcée à la Chambre des pairs, le 12 mars