Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/148

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j’examine dans la seconde les systèmes des trois ministères qui jusqu’alors s’étaient succédé depuis 1814 jusqu’à 1816 ; dans cette partie se rencontrent des prédictions depuis trop vérifiées et des expositions de doctrines alors cachées. On lit ces mots, chapitre xxvi, deuxième partie : « Il passe pour constant, dans un certain parti, qu’une révolution de la nature de la nôtre ne peut finir que par un changement de dynastie ; d’autres, plus modérés, disent par un changement dans l’ordre de successibilité à la couronne. »

Comme je terminais mon ouvrage, parut l’ordonnance du 5 septembre 1816 : cette mesure dispersait le peu de royalistes rassemblés pour reconstruire la monarchie légitime[1]. Je me hâtai d’écrire le post-scriptum qui fit faire explosion à la colère de M. le duc de Richelieu et du favori de Louis XVIII, M. Decazes.

Le post-scriptum ajouté, je courus chez M. Le Normant, mon libraire : je trouvai en arrivant des alguazils et un commissaire de police qui instrumentaient. Ils avaient saisi des paquets et apposé des scellés. Je n’avais pas bravé Bonaparte pour être intimidé par M. Decazes : je m’opposai à la saisie ; je déclarai, comme Français libre et comme pair de France, que je ne céderais qu’à la force : la force arriva et je me retirai. Je me rendis le 18 septembre chez MM. Louis-Marthe Mesnier et son collègue, notaires royaux ; je protestai à leur étude et je les requis de consigner ma déclaration du fait de l’arrestation de mon ou-

  1. L’Ordonnance du 5 septembre 1816, publiée dans le Moniteur du 7, prononçait la dissolution de la Chambre de 1815, que Louis XVIII lui-même avait appelée la Chambre introuvable.