Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/150

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l’établissement d’un ministre de la police générale dans un pays constitutionnel[1].


Dans mon récit du voyage de Gand, vous avez vu ce que Louis XVIII valait comme fils de Hugues Capet ; dans mon écrit, Le roi est mort : vive le roi ! j’ai dit les qualités réelles de ce prince[2]. Mais l’homme n’est pas un et simple : pourquoi y a-t-il si peu de portraits fidèles ? parce qu’on a fait poser le modèle à telle époque de sa vie ; dix ans après, le portrait ne ressemble plus.

Louis XVIII n’apercevait pas loin les objets devant lui ni autour de lui ; tout lui semblait beau ou laid d’après l’angle de son regard. Atteint de son siècle, il est à craindre que la religion ne fût pour le roi très chrétien qu’un élixir propre à l’amalgame des drogues de quoi se compose la royauté. L’imagination libertine qu’il avait reçue de son grand-père aurait pu inspirer quelque défiance de ses entreprises ; mais il se connaissait, et quand il parlait d’une manière affirmative, il se vantait en se raillant de lui-même. Je lui parlais un jour de la nécessité d’un nouveau mariage pour M. le duc de Bourbon, afin de rappeler la race des Condé à la vie : il approuvait fort cette idée, quoiqu’il ne se souciât guère de ladite résurrection ; mais à ce propos il me parla de M. le comte d’Artois et me dit : « Mon frère pourrait se remarier sans rien changer à la succession au trône, il ne ferait que

  1. Voir l’Appendice no I : La Saisie de la Monarchie selon la Charte.
  2. Le roi est mort : Vive le Roi ! — Paris, Le Normant, père, 1824, in-8o, 37 pages.