Page:Chateaubriand - Mémoires d’outre-tombe t4.djvu/153

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déposer dans le salon du parvenu ce qu’il y avait de plus noble dans le faubourg Saint-Germain. Le Français aura beau faire, il ne sera jamais qu’un courtisan, n’importe de qui, pourvu que ce soit un puissant du jour.

Il se forma bientôt en faveur du nouveau favori une coalition formidable de bêtises. Dans la société démocratique, bavardez de libertés, déclarez que vous voyez la marche du genre humain et l’avenir des choses, en ajoutant à vos discours quelques croix d’honneur, et vous êtes sûr de votre place ; dans la société aristocratique, jouez au whist, débitez d’un air grave et profond des lieux communs et des bons mots arrangés d’avance, et la fortune de votre génie est assurée.

Compatriote de Murat, mais de Murat sans royaume, M. Decazes nous était venu de la mère de Napoléon[1]. Il était familier, obligeant, jamais insolent ; il me voulait du bien, je ne sais pourquoi je ne m’en souciai pas : de là vint le commencement de mes disgrâces. Cela devait m’apprendre qu’on ne doit jamais manquer de respect à un favori. Le roi le combla de bienfaits et de crédit, et le maria dans la suite à une per-

    nommé préfet de police. Député de la Seine le 22 août, ministre de la police générale le 24 septembre, il reçut la pairie et le titre de comte après l’ordonnance du 5 septembre 1816. Il devint ministre de l’intérieur le 29 décembre 1818, et président du Conseil le 19 novembre 1819. Le 17 février 1820, il quitta le ministère pour l’ambassade de Londres (avec le titre de duc), et la conserva jusqu’au 9 janvier 1822. Le 20 septembre 1834, il remplaça le duc de Sémonville comme grand référendaire de la Chambre des pairs. Il mourut le 24 octobre 1860.

  1. M. Decazes avait été, sous l’Empire, secrétaire des commandements de Madame Lœtitia, mère de Napoléon.